Google a scanné plus de dix millions d’ouvrages… Sauf qu’environ six millions de ces livres sont protégés par le droit d’auteur.
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La Bibliothèque nationale de France (BnF) recueille, conserve, enrichit et communique le patrimoine documentaire national.

 

Depuis 2002, Google entreprend de scanner tous les ouvrages de la littérature mondiale.
L’entreprise de Mountain View a signé des contrats avec de grandes bibliothèques universitaires et a pu pénétrer certaines des bibliothèques les plus prestigieuses : elle a convaincu un grand nombre de leurs responsables en tenant un discours humaniste en faveur de la préservation des écrits et de l’accès facilité à la connaissance.
Google a ainsi numérisé des milliers de livres plus ou moins rares, plus ou moins précieux.

“Apparition of a distance, however near it may be” (2013) - Paul Soulellis

“Apparition of a distance, however near it may be” (2013) – Paul Soulellis

 

L’entreprise californienne a déployé une armada sidérante constituée de machines de numérisation géantes et d’employés aux doigts gantés, préposés à tourner les pages…
Certains artistes collectent les scans « ratés » où l’on aperçoit des mains interragissant avec les livres, et ce joli Tumblr rassemble différentes curiosités/maladresses découvertes sur Google Books :

 

 

Google ayant accumulé une bonne partie de ces écrits sans aucune obligation de contrepartie en retour, certains commencent à s’interroger quant à la légitimité d’une entreprise privée (à but lucratif + cotée en Bourse) à amasser autant de savoirs : non seulement elle dispose d’un monopole sur les livres qu’elle numérise, mais elle planifie en outre de les mettre en vente afin d’en tirer un revenu (et peut très bien décider de ne pas les mettre à la disposition du public…)

En 2005, une société d’auteurs et un groupement d’éditeurs américains assignent Google devant les tribunaux, mais finalement, en 2008, la justice tranche en faveur de Google et de son projet de bibliothèque numérique, en lui accordant un quasi-monopole avec le Google Book Settlement.

 

L’objectif final de Google est de mettre au point l’intelligence artificielle parfaite grâce à l’accumulation de sommes d’informations... Vous avez dit "Big Brother" ?

L’objectif de Google est d’accumuler le plus de connaissances possibles afin de mettre au point l’intelligence artificielle parfaite… Vous avez dit « Big Brother » ?

 

Des acteurs du monde du livre et des instances politiques se mobilisent en dehors des États-Unis, notamment en Europe.
En France, Jean-Noël Jeanneney, ancien président de la BNF, refuse de traiter avec la société de Mountain View, et lance en guise de « contre-offenssive » le projet Europeana, bibliothèque numérique européenne.

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Gros soucis de design et d’interface, mais l’intention est louable…

 

En Chine, Baidu fait scanner livres et revues en mandarin et cantonais par une équipe de professionnels :

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Autre ambiance, autre matériel… hum

 

Finalement, après une longue bataille juridique, la justice américaine déclare en 2011 nulle et non avenue le Google Book Settlement de 2008…
Google est ainsi accusée d’avoir violé les droits d’auteurs (et ceux d’autres détenteurs de droits) par la numérisation de leurs livres, la création d’une base de données électronique et l’affichage de courts extraits, sans avoir leur autorisation.
Google persiste à nier cette condamnation.
L’aventure continue…

 

Un documentaire très intéressant (visible sur Arte.tv jusqu’au 09 avril 2013) retrace l’histoire de ce projet un peu fou, et met surtout l’accent sur les questions de propriété intellectuelle et de monopole des connaissances qu’elle a suscité et qui continuent d’être débattues :