Reconstituer un lieux de l’actualité. Ou comment créer une image distante et un double effet KissCool.

Thomas Demand, dont le travail est actuellement exposé au DHC (Montréal) propose des images au premier abord banales et vides. Puis le doute s’installe, est-ce de la 3D, est-ce retouché, qu’est-ce.

«Dans son travail, Demand combine la photographie, l’architecture et la sculpture. Il procède habituellement à partir d’une image puisée dans les médias, qu’il fabrique de nouveau à la main, pour en faire une sculpture en papier et en carton, tridimensionnelle et grandeur nature, qui finira par devenir une photographie. Les images qui en résultent sont à la fois très reconnaissables et étrangement distantes.»

L’effet est vraiment intéressant, et le devient souvent après quelques minutes d’observations. Les objets usuels sont à la fois familiers, mais trop parfait (comme dans une image 3D). En même temps il ne sont pas froid comme pourrait l’être des images 3D, le papier leur donnant une très faible texture, vivante.
Et c’est ensuite le cartel, la légende, qui vient injecter un autre sens dans l’image qui nous avait au début parue banale. Les espaces que Thomas Demand reproduit sont des scènes de crimes, ou de drames, ou encore des  lieux inconnus ayant été les témoins muets de petites pages de l’histoire, comme une de ces dernières oeuvres, présente dans l’exposition du DHC :

«la reconstitution de l’ambassade du Niger à Rome où les Américains ont affirmé en 2003 avoir trouvé des documents établissant que l’Irak fabriquait de l’uranium enrichi, établissant un lien trouble entre des fausses preuves réelles et son faux décor […]» wikipedia

thomasdemand_1

L’exposition présente aussi trois superbes animations image par image de ces « scènes ». Notamment la reconstitution de la vue d’une caméra de vidéo surveillance de la cantine d’un navire faisant naufrage, dans laquelle le mouvement du mobilier et des objets est reconstitué à la perfection.

Pacific-Sun

«L’exposition présente également Rain (2008), un film merveilleux qui reproduit, avec grâce et précision, le tambourinage de la pluie sur une surface dure. Filmées à travers plusieurs couches de verre, les gouttes d’eau s’écrasent contre un sol en béton dans une monochromie grise d’une exquise et trompeuse simplicité. Finement rendues par des emballages de bonbon qui apparaissent chacun exactement dans trois photogrammes, les centaines de petits éclaboussements d’eau qui dansent à l’écran constituent un autre tour de force chorégraphique.»

Une chose marque aussi dans ces images : l’absence étouffante de signes, lettres, logos, mots, voir même d’images et évidemment d’être vivants.